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sommaire:
- L'abondance de sa crinère ... Jérome Delvax
- Comprendre le cheval - Roger Volat
- Le trait Poitevin a la cote en Bourbonnais. - Philippe Richard
-
Bien décidé à sauver le cheval Poitevin. - Frédéric
Sicard
-
Le cheval Poitevin dans toute sa diversité. - Philippe Richard
-
Quel nom pour ce cheval ? - Alain Néron
-
Il y a bien des années. - Alain Néron
-
Il faut sauver le cheval de trait Poitevin ! - Julie Delfour
L'abondance de sa crinière ...
L'abondance de sa crinière et de ses fanons
présente,
avec l'énergie paisible qui le parcourt de la croupe à l'encolure,
l'accord rêvé de l'élégance et de la rusticité.
Son intelligence naturelle le prédispose à la fois à la socialibité
et à l'indépendance.
Il s'attelle et se monte aussi bien, et,
lorsque nous le menons sur nos chemins
ou dans nos villes et à nos allures,
c'est lui qui nous mène,
dans l'étonnante alliance de sa sérénité et de sa puissance.
Jérôme Delvax
Comprendre le cheval
Spécialistes du cheval, éleveurs et cavaliers ont échangé sur l’éthologie équine à
Vichy.Une discipline scientifique pour apprendre à dresser autrement le cheval de loisir ou de travail
Le second symposium des sciences et de l’éthique équines, organisé par le pays Vichy-Auvergne, a eu lieu samedi 17 octobre à l’hippodrome de
Bellerive-sur-Allier.
Après avoir traité, en 2008, de sujets variés sur le cheval, les
organisateurs ont souhaité se pencher sur un thème particulier cette année : l’éthologie, qui est l’étude du comportement animal dans son environnement naturel. Par extension, cette
discipline scientifique concerne particulièrement le cheval, et Alain et Béatrice Néron, responsables de l’association du cheval poitevin à Saint-Didier-la-Forêt, sont heureux
« d’avoir été les précurseurs de cette discipline aujourd’hui pleinement reconnue ». Ils ont d’ailleurs
participé au symposium et ont apprécié « le haut niveau national et international des conférenciers ».
L’éthologie, c’est quoi exactement ? Alain Néron précise que
« l’objectif est de partir du cheval et non de l’homme, pour effectuer le dressage. On « interroge » constamment le cheval, poursuit-il, pour savoir ce qu’il est amené à accepter. Cela peut mettre quelques jours ou des mois selon les animaux, mais la qualité du travail
final est désormais reconnue par tous ».
Il a fallu convaincre, pendant des années, les utilisateurs du cheval sur
cette pratique scientifique. Chercheur à l’INRA, William Martin-Rousset est aussi le responsable du comité scientifique du symposium. L’un des objectifs de cette journée était d’appréhender
« le transfert des connaissances sur le terrain, au sein des élevages et des centres équestres ». « Par ailleurs, remarque-t-il, nous avons pu montrer l’intérêt de la création d’une plate-forme équine sur la recherche, le développement et le transfert de la
connaissance technologique en matière d’éthologie du cheval ». Cette plate-forme équine régionale pourrait entrer dans
le cadre d’un réseau national, voire international, dans la mesure où plusieurs pays sont intéressés par la démarche : Italie, Roumanie, Suisse et Portugal. Un projet de formation
continue, sous la forme d’un diplôme universitaire « Nutrition et médecine sportive du cheval et du cavalier », est même en discussion et pourrait voir le jour dans la région. Il
serait mené grâce à un partenariat entre l’INRA de Clermont-Ferrand, l’école nationale vétérinaire de Lyon, la faculté des sports de Clermont-Ferrand et le CREPS de Vichy.
« L’acheteur du cheval de loisir s’intéresse à l’éthologie
équine », remarque Alain Néron. « Et même s’il y a encore des efforts à faire au niveau du cheval de travail,
qu’il soit laboureur ou débardeur de bois, les progrès accomplis sont sensibles depuis quelques années ».
L’importante participation du public au symposium de Vichy, qu’il soit
amateur ou professionnel, montre l’intérêt de la démarche. Le symposium 2010 est d’ores et déjà dans les starting-blocs : il aura pour thème le cheval sportif.
Roger Volat (CLP)
Photo : A Saint-Didier-la-Forêt, Béatrice et Alain Néron élèvent une trentaine de chevaux poitevins dont ils veulent sauvegarder la race. L’éthologie équine est leur cheval de
bataille et ils organisent des stages pour la faire mieux connaître.
Le trait poitevin a la cote en Bourbonnais
Philippe Richard
L'association du cheval poitevin (ACP) a tenu son assemblée générale au Domaine des Sapins,
avec la satisfaction d'avoir vu le nombre d'adhérents augmenter de 15 %.
Le capital affectif pour les chevaux lourds a donc évolué de manière positive. Sous l'action notamment de l'ACP, qui, depuis quelques années,
se bat pour rendre aux chevaux de trait toutes leurs lettres de noblesse.
Et le trait Poitevin a meilleure cote.
Stages éthologiques, formations équines, consultation du centre de ressources, liens développés grâce à Internet,
l'ACP a largement tissé sa toile.
Depuis sa création, le blog notamment est devenu un outil d'information et d'actualité (*).
Régulièrement, l'ACP propose des formations et des stages.
Le dernier a permis l'accueil d'une formation fédérale
aux savoirs éthologiques.
L'ACP intervient aussi à l'extérieur :
Maisons de retraite d'Ébreuil, de Gannat, le pavillon médical Marie-Mercier,
et sur site pour les centres de loisirs, centres pour handicapés.
Dans ce domaine, la « rencontre avec le cheval », avec le secteur psychiatrique de l'hôpital de Vichy.
photos: Alain , Céline D.R.
Bien décidé à sauver le cheval Poitevin
Frédéric Sicard
Depuis plus de quatre ans, Béatrice et Alain Néron luttent avec passion et dévouement pour
sauver le cheval Poitevin, à Saint-Didier-la-Forêt.
«Il y a urgence ! Nous devons tous - éleveurs, utilisateurs et passionnés du cheval Poitevin - faire notre maximum afin de
sauver la race », assure avec gravité Béatrice Néron, fondatrice avec son mari Alain de l'association du Cheval Poitevin, à Saint-Didier-la-Forêt.
Après s'être occupé pendant dix ans d'un centre d'accueil pour jeunes en difficulté, en Ariège, le couple s'est tourné vers
l'élevage en 2001 : « Nous sommes passionnés par les chevaux depuis plus de vingt ans. En faisant le tour des neuf races de chevaux de trait qui existent en France, nous sommes
tout de suite tombés sous le charme du Poitevin, se souvient Béatrice. C'est un animal doux, calme, doté d'une fine intelligence et d'une grande sensibilité. Il recherche et apprécie le contact
de l'homme ». Très polyvalent, il peut être attelé, monté ou utilisé pour le maraîchage et la viticulture.
Le Poitevin est la race la plus menacée parmi les chevaux de trait. Avec seulement 350 espèces dans le monde, c'est un animal en voie
de disparition. Son déclin est en grande partie dû à la motorisation des travaux agricoles et au fait qu'on ne l'élève pas pour la boucherie.
Fondée en 2005, l'association duCheval Poitevin milite pour la sauvegarde et la promotion de la race. Seule structure en France
entièrement consacrée à sa défense, elle multiplie les actions de sensibilisation auprès du public : stages d'équitation, balades, ateliers d'élevage, démonstrations de dressage éthologique
et de parage naturel, travail sur la relation homme\cheval, centre d'information, etc. Partenaire de l'hôpital de Vichy, l'association utilise aussi les chevaux pour venir en aide aux
malades.
Les trente animaux de Béatrice et Alain vivent constamment dans la nature, dans dix-sept hectares de forêt et de prairies :
« Nous nous sommes installés à Saint-Didier-la-Forêt car nous voulions beaucoup d'espace pour les chevaux. Le mélange de forêt et de prairie est parfait pour leur bien-être. La nature
leur permet de développer leur instinct. Ils bénéficient d'une très grande liberté ».
Bénévoles mais travaillant à plein temps, Béatrice et Alain appliquent des méthodes d'élevage différentes de celles employées
habituellement. « Nous faisons tout au naturel : dressage, soin, nutrition, reproduction, etc. ».
Depuis sa création, l'association connaît une hausse permanente du nombre de licenciés. Alors qu'ils étaient 47 la première année, ils
sont à présent 150 : « Nos adhérents viennent de toute la France voire même de l'étranger. Chacun essaie d'aider l'association comme il le peut afin de sensibiliser le plus de monde
possible mais, malgré l'aide financière et matérielle que l'on reçoit de la part de plusieurs partenaires, nous manquons toujours de parrainages », regrette Béatrice.
Tout au long de l'année, le couple organise diverses animations : « Ces journées permettent de mieux faire connaître au
public le cheval Poitevin.
Dimanche 16 août, nous organisons notre quatrième journée porte ouverte.
Nous proposerons différentes démonstrations.
Nous espérons qu'à travers ces différentes manifestations, de nouveaux adhérents rejoindront notre association afin de poursuivre la
défense du cheval Poitevin ».
Nos stages:
Parage naturel, les 8 et 9 août - les 10 et 11 août .
Ateliers et sessions de développement personnel « Le cheval et vous de coeur à coeur »,
le 15 août .
Journée Portes Ouvertes et Journée du Parrainage,
le 16 août, à partir de 10 heures.
Tél. 04.70.41.20.09 - 06 87 31 17 60
photo: Rémi Dugne D.R.
Le cheval Poitevin dans toute sa diversité.
Ph.Richard
Sauver une race, en l'occurance celle du cheval poitevin, ne peut se limiter à la simple dénonciation.
Depuis 4 ans l'Association du Cheval Poitevin ( ACP ) s'est mise en selle pour redorer le blason de cette race, faire montre de toute sa diversité et mieux encore de son utilité.
Dimanche, la journée portes ouvertes, organisée au Domaine des Sapins pour l'ACP, a été un bel exemple : visite de l'élevage, démonstrations de parage naturel, de travail en liberté, de travail
agricole ou encore d'attelage.
Défense du cheval depuis quatre ans.
Béatrice et Alain Néron, à la tête de l'ACP, ont opté pour une méthode d'approche différente de la race, l'éthologie.
Ils apportent un soin particulier à reconstituer un troupeau grâce à une veille sanitaire appropriée.
La visite de l'élevage en est une illustration avec la présence d'un troupeau reproducteur et de chevaux en pension.
Une attention particulière leur est portée tant dans les soins que dans l'entretien.
Et le parage naturel, autrement dit l'évolution du cheval pieds nus, vient renforcer cette volonté d'apporter des réponses aux problèmes locomoteurs souvent récurrents chez les chevaux.
Le développement des outils attelés pour le travail agricole, et notamment de maraîchage, s'inscrit dans le domaine de l'utile pour la revitalisation de la race.
Dimanche, les démonstrations de binage, labourage et billonnage ont capté l'attention d'un large public.
Et elles ont apporté la preuve de l'utilité d'employer le cheval poitevin.
article de Ph.Richard - La Montagne
Quel nom pour ce cheval ?
Alain Néron
Mulassier, Trait Poitevin Mulassier, Trait Poitevin, Poitevin ?
Les mots servent à identifier. Si plusieurs appellations désignent ce cheval, c'est peut-être que son identité est encore incertaine...
Dans sa région d'origine, le Marais Poitevin, beaucoup de gens l'appellent "mulassier", voire "mulasse"... Ces mots, complètement imprégnés de son riche passé de producteur de mules,
nous paraissent porter aujourd'hui trop de confusion dans l'esprit du public.
Son nom officiel, celui qui est utilisé par les Haras Nationaux, est "Trait Poitevin Mulassier". Bien sûr, dans le langage courant, personne n'utilise une désignation aussi
longue.
Nous-mêmes l'avons longtemps appelé "Trait Poitevin" puis, il y a quelques années, nous avons réalisé que le mot "Trait" était trop réducteur: il ne rendait pas compte de la polyvalence de ce
cheval, et notamment de sa capacité à être monté.
Aujourd'hui, nous utilisons le mot "Poitevin", tout simple, comme d'autres parlent du Breton, du Camarguais, du Percheron ou du Mérens.
Mulassier, Trait Poitevin Mulassier, Trait Poitevin puis Poitevin, la personnalité et l'identité de cette race se précisent et s'affirment.
Texte:Alain Néron
Photo:Alain Néron D.R
Il y a bien des années
Alain Néron
Il y a bien des années, avec mon premier cheval, il m’est arrivé un jour d’aller le voir au pré sans raison précise,
simplement parce que j’avais un peu de temps.
Je me suis approché de lui, l’ai caressé un moment, puis ma main a ralenti son mouvement pour finir par s’arrêter. Le cheval a fait alors un pas et est venu placer sa tête à hauteur de mon
épaule, presque au contact.
Je n’ai pas bougé, il a poussé un soupir de détente et nous sommes restés là, tous les deux , à regarder dans la même direction.
Je ne pensais à rien, tout en sentant fortement sa présence à coté de moi et, peu à peu, je me suis détendu au point de perdre complètement la notion du temps.
L’arrivée des autres chevaux a mis fin à cet échange immobile, mais ce que nous venions de vivre, nous avons su le reproduire de nombreuses fois ensuite.
Cette forme de communication dans laquelle, pour un observateur extérieur, rien ne se passe, était devenue précieuse pour moi.
Plus tard, quand les Poitevins sont arrivés dans notre vie, j’ai pu vivre leur grande disponibilité, et même leur demande, pour ces moments simples et forts.
C’est à mes yeux une de leurs qualités qui dépasse toutes les autres, pourtant nombreuses.
Bien sûr, nous mettons souvent en avant la grande polyvalence de nos chevaux : ils sont montés (de plus en plus !), attelés, ils travaillent en maraîchage, dans les vignes et dans les bois.
Et je sais bien l’immense plaisir que l’on peut éprouver à ressentir cette complicité, qui rassemble l’humain et le cheval qui l’accompagne dans l’activité choisie…
Mais je veux simplement témoigner ici que l’éventail est encore plus vaste : que ce soit dans l’action comme dans la contemplation, le cheval nous aide à grandir.
texte:Alain Néron
. photo/Alain Néron D.R.
Il faut sauver le cheval de trait Poitevin !
Par Julie DELFOUR ( auteur animal )
Il y a des gens qui ont le sauvetage dans le sang… Béatrice et Alain sont de ceux-là. Après avoir sauvé de nombreux adolescents en rupture sociale, ils ont décidé
de sauver…un cheval. Le cheval de trait poitevin, le plus doux des chevaux, est menacé de disparition. A moins que des passionnés ne le sauvent…
Pendant près de quinze ans, Béatrice et Alain ont accueilli, dans leur ferme ariégeoise, des jeunes en difficulté. Il y avait déjà, à la ferme, trois chevaux. « Nous les avons peu à
peu utilisés pour intégrer les jeunes. Le cheval est un bon médiateur, qui nous a fait gagner beaucoup de temps ». Et puis, avec le temps, les trois chevaux sont devenus huit. Tous les
jeunes participaient aux soins des animaux, et la relation se nouait aussi, par ce biais, avec les hommes.
Et puis, avec le temps, un projet fou a mûri et pointé le bout de son nez…
« En 2001, nous avons choisi de nous lancer dans l’élevage », explique Béatrice. Le couple a quitté l’Ariège pour s’installer en Auvergne, dans l’Allier, et vivre la grande aventure dans une
jolie ferme à colombages en bois rouge. Sans se douter qu’élevage allait bientôt rimer avec sauvetage !
Devant la porte, un chien hirsute au bon regard se repose, appréciant la fraîcheur, tout en surveillant d’un œil la vie autour de lui. Surveillant, entre autre, deux grands poitevins qui sont à
l’attelage et qui, lorsqu’ils courent devant nous, ont belle allure. Pourquoi le cheval de trait poitevin ? Béatrice et Alain ont d’abord fait le tour des neuf races de chevaux de trait avant de
faire leur choix. Originaire du Poitou, le trait poitevin est un cheval solide et élégant, bien charpenté, moins massif cependant que ses cousins de travail. Mais ce qui a fait la différence,
c’est la douceur de ce cheval tout en sensibilité. « Le poitevin est très proche de l’homme. Nous avons été frappés par sa façon de toujours venir au contact, en permanence attentif à nous ».
Beaucoup de chevaux de selle fuient l’homme quand ils le voient peu. Pas le poitevin. Il cherche le contact et se laisse caresser avec un plaisir évident. « Voilà pourquoi nous avons rapidement
été mordus ! ».
Un authentique coup de foudre, qui s’est bientôt mué en profession de foi. « De simples amateurs de la race, nous sommes devenus de vrais spécialistes. Les autres éleveurs ont tous une activité
secondaire, tandis que nous sommes les seuls en France à ne faire que ça, raconte Béatrice, non sans une pointe de fierté. Nous sommes d’abord tombés amoureux du trait poitevin, et le fait qu’il
soit menacé a été un plus pour prendre notre décision ».
Ainsi a commencé l’aventure. Ils ont racheté des chevaux que d’autres éleveurs destinaient à l’abattoir, ainsi que de jeunes mâles, pour les mettre à la selle et à l’attelage, avant de les vendre
comme chevaux de loisir. Matin et soir, ils sont présents pour leurs chevaux, apaisant les étalons, passant des nuits entières auprès des juments pendant les mises bas, assistant les poulains aux
premiers jours de leur vie, y compris la nuit.
Au fil du temps, à force de patience, ils ont acquis des connaissances sur la race et son caractère. Et ils se sont attachés à ce cheval hors du commun, qui est devenu, si l’on peut dire, leur «
cheval de bataille » : « La race étant menacée, il est difficile de vivre de cet élevage, mais plus nous la connaissons, et plus nous avons envie de la sauver. Même si dans le milieu de
l’élevage, nous passons parfois pour des originaux ! », sourit Alain, qui ajoute : « Nous élevons une race qui n’est pas connue, et nous appliquons des méthodes d’élevage différentes des autres
éleveurs. Ici, jamais aucun cheval ne part à l’abattoir. C’est un principe. Nous sommes éleveurs, mais aussi dresseurs, nous mettons l’accent sur l’éducation et pas seulement sur le travail,
comme c’est le cas pour la plupart des éleveurs. Et nous voulons sauver cette race ».
Le cheval de trait poitevin est un cheval au caractère doux, très proche de l’homme, qui peut facilement devenir un cheval de loisir. Peu à peu, Béatrice et Alain ont conquis une clientèle
d’amateurs passionnés, recherchant des chevaux à la fois calmes et esthétiques. « Les attentes de nos clients sont précises, souligne Alain. Ils veulent ce cheval et pas un autre, et ils font des
kilomètres pour venir voir nos animaux. Ainsi, chaque acheteur devient un vecteur de propagation de la race. Par le bouche à oreille, elle devient de plus en plus populaire, et c’est très bien !
».
Une bonne chose certes, qui ne suffit pas toutefois pour préserver la race. Il faut aller plus loin et s’engager.
De là est née l’idée du Conservatoire, créé en février 2005 pour promouvoir la race, de loin la plus menacée parmi les chevaux de trait. « Si elle est aujourd’hui en voie de disparition, c’est
parce qu’elle n’a jamais été élevée pour la boucherie. Elle n’a pas un « rendement viande », comme le Percheron ou l’Ardennais, plus musculeux. D’où sa disparition progressive ». Mais on découvre
ses aptitudes de cheval d’attelage et de loisir, disciplines en plein essor, et l’on commence à se pencher sur le trait poitevin. Or, paradoxe terrible, il n’y a quasiment plus d’adultes à vendre
! C’est pourquoi l’association met tout en œuvre pour satisfaire la demande croissante en chevaux adultes débourrés.
Par le travail associé des syndicats d’éleveurs, des chercheurs, des haras nationaux et de l’association, l’objectif est de faire remonter le taux de naissances en France, sans perdre de temps,
et en évitant que les poulains mâles, invendus au moment du sevrage, ne finissent à l’abattoir. « Il faut aider les éleveurs à trouver un débouché pour ces poulains, et mettre nos travaux et nos
résultats en commun pour sauver la race et en multiplier les effectifs. Ici, nous avons un très bon taux de naissance. Malgré les difficultés et les risques d’avortements pour les juments, notre
présence constante durant les mises bas nous fait atteindre aujourd’hui les 100% ! Ce qu’on a, c’est encore petit, mais c’est énorme. Chaque naissance est importante pour sauver la race ! »,
souligne Alain.
L’association travaille également a améliorer l’alimentation et la fécondation des chevaux de trait. A côté de l’élevage, l’accent est mis sur la sensibilisation du plus grand nombre. Béatrice et
Alain accueillent des stagiaires d’établissements d’enseignement agricole et organisent des visites scolaires, « pour faire du cheval poitevin un outil pédagogique et le faire connaître des
enfants ». Chaque année ont lieu des rencontres et des compétitions d’attelage où sont invités de nombreux touristes, afin d’élargir le clan des initiés. Et ça marche !
Plus de quarante adhérents se sont inscrits depuis la création de l’association. Certains n’ont pas de cheval, par manque de place ou de moyens, mais veulent quand même participer au
sauvetage.
Pour Alain, le cheval de trait poitevin est un patrimoine vivant à préserver, au même titre que les vieilles pierres. Dans le pré voisin de la ferme, un étalon nous surveille. Très protecteur, il
se place devant les juments et les poulains, mais sans agressivité. Le troupeau est soudé, nez contre nez, comme un troupeau de chevaux sauvages. Très proches les uns des autres, presque
caressants. « Résine », petite pouliche malicieuse, vient à notre rencontre, et l’étalon laisse faire. S’en suit une séance de câlins mémorable, qui, pour Béatrice, est le lot quotidien, dont
elle s’acquitte avec bonheur. Dans le pré suivant, nous rendons visite à « Quartier », un jeune mâle récupéré chez un éleveur qui le destinait à l’abattoir. C’est de loin le plus « collant ».
Alain évoque une forme de « reconnaissance » chez ce cheval, heureux qu’on l’ait sorti de l’enfer pour l’emmener au paradis. Douceur, caresses, harmonie. Il se dégage ici un bien-être
communicatif, et l’on voudrait rester le plus longtemps possible auprès de ces chevaux qui nous invitent avec douceur dans leur paradis sauvage.
Par Julie DELFOUR ( auteur animal )
Raja des Sapins: jument de 3 ans et Norton du Verger : étalon trait poitevin
Photo: Alain Néron D.R.